
Ce guide est présenté à des fins d'information seulement. Il ne remplace pas la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale (la Loi) ni ses règlements. En cas de manque de conformité entre ce guide et la Loi ou l'un de ses règlements, la Loi ou le règlement, selon le cas, a prépondérance.
Ce document fournit de l'orientation sur l'évaluation environnementale en vertu de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale, modifiée le 12 juillet 2010. Le document n'a pas été mis à jour pour tenir compte des modifications apportées au processus dans la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale (2012). Pour vous assurer d'avoir les versions pertinentes à jour de la Loi et de ses règlements, veuillez consulter le site Web du ministère de la Justice.
On reconnaît de plus en plus, au Canada comme à l'étranger, que les Autochtones sont dépositaires d'un savoir unique concernant leur environnement local, particulièrement en ce qui a trait à son fonctionnement et les rapports écologiques qui le caractérisent. Ce savoir traditionnel autochtone (STA) est de plus en plus reconnu comme un élément important de la planification des projets, de la gestion des ressources naturelles et de l'évaluation environnementale (EE).
Le paragraphe 16.1 de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale (LCEE), reconnaît aux autorités responsables (AR) le pouvoir discrétionnaire de tenir compte du savoir traditionnel autochtone dans les évaluations environnementales dans les termes suivants : « Les connaissances des collectivités et les connaissances traditionnelles autochtones peuvent être prises en compte pour l'évaluation environnementale d'un projet. »
Ces principes sont appliqués volontairement et ont pour but de fournir une orientation générale sur la prise en compte du STA.
Cet énoncé de principes a pour but de fournir des conseils généraux pour tenir compte du STA dans les EE. Il est rédigé à l'intention particulière des praticiens de l'EE. Ces principes sont appliqués volontairement et ne visent à remplacer aucun processus législatif ou les exigences en vigueur. Ils ont pour but de fournir un cadre de travail pour la prise en compte du STA dans les cas où il est déterminé que son utilisation est souhaitable et pertinente.
Le STA est le savoir particulier détenu par les peuples autochtones.
Il y a un savoir traditionnel dans toutes les cultures. Pris dans un sens large, le savoir traditionnel autochtone désigne un savoir particulier propre aux peuples autochtones.
Par conséquent, le STA désigne les connaissances accumulées et transmises d'une génération à l'autre par un peuple dont l'existence est en rapport étroit avec la nature. Le STA est cumulatif et dynamique. Il représente la somme des expériences historiques et s'adapte aux changements sociaux, économiques, environnementaux, spirituels et politiques.
Même si ceux qui réalisent les évaluations environnementales sont plutôt intéressés par le savoir traditionnel sur l'environnement (ou savoir écologique traditionnel), il faut retenir que ce savoir fait partie d'un vaste répertoire de connaissances qui englobent des relations entre la culture, l'environnement, l'économie, la politique et la spiritualité.
Bien que la littérature offre plusieurs définitions du STA, il n'existe encore aucune définition qui soit universellement reconnue. C'est pour cela que ce document n'offre pas de définition du STA.
Remarque : le terme savoir écologique traditionnel (SET) est souvent utilisé à la place de STA. Dans le cadre de ce document, le SET, qui porte principalement sur l'environnement, peut être considéré comme un sous-ensemble du STA.
Le STA est détenu par les Autochtones qui vivent dans la région envisagée pour la réalisation d'un projet et qui ont une relation de longue date avec le territoire et les ressources naturelles qui seront vraisemblablement touchés. À ce titre, le STA peut contribuer de différentes manières au processus d'EE. Le STA peut, par exemple :
On peut toujours intégrer le savoir traditionnel aux évaluations environnementales.
Le STA peut être intégré aux EE à n'importe quel moment. Dans le cadre d'une EE, le STA peut aider en ce qui concerne :
Les EE diffèrent toutes les unes des autres; il est donc impossible d'adopter une approche homogène pour tenir compte du STA. Cependant, nous avons établi certains principes généraux pour guider l'utilisation du STA dans les EE menées en vertu de la LCEE. Ces principes sont énoncés plus loin.
Remarque : Les praticiens de l'EE doivent retenir que même si les obligations fiduciaires de la Couronne peuvent inclure la prise en compte du STA, celle-ci ne saurait à elle seule infirmer l'accomplissement des devoirs fiduciaires de consultation qui peuvent survenir. Des consultations juridiques peuvent être nécessaires.
La recherche sur le STA doit être planifiée et menée avec les détenteurs du STA : collaborer avec la collectivité.
Chaque groupe autochtone est dépositaire d'un STA qui lui est propre; la prise en compte du savoir traditionnel dans une EE donnée doit donc se faire en collaboration avec les détenteurs de ce savoir. La démarche suivante est proposée :
Remarque : les praticiens de l'EE doivent savoir que les coutumes et les lois changent en fonction des collectivités autochtones en ce qui touche les détenteurs de différents aspects du STA dans la communauté, la manière dont le STA est partagé, et qui a l'autorité de transmettre le STA.
Seule la collectivité peut décider si elle est prête à accorder l'accès à son savoir traditionnel.
Dans le contexte du STA, le consentement préalable donné en connaissance de cause ? habituellement par écrit ? fait référence au consentement qu'une collectivité accorde aux praticiens de l'EE pour qu'ils puissent avoir accès au STA et s'en servir. Lorsqu'ils cherchent à obtenir le consentement de la collectivité, les praticiens de l'EE devraient travailler en étroite collaboration avec celle-ci pour :
L'accès au savoir traditionnel est un privilège qu'il faut respecter.
Certaines collectivités pourraient demander que soit négociée une entente d'accès (appelée aussi protocole d'entente) au STA, dans laquelle seraient indiqués les moyens d'accès au STA et l'utilisation qui en serait faite dans le cadre d'une EE donnée. Les « ententes d'accès » sont conclues de bon gré; elles peuvent indiquer :
Remarque : Un grand nombre de collectivités autochtones ont élaboré des protocoles de recherche et de consultation. Les praticiens de l'EE ont intérêt à suivre ces protocoles lorsqu'ils ont été établis, et s'il y a lieu.
La propriété intellectuelle comprend les inventions, les oeuvres littéraires et artistiques, les symboles, les noms, les images et les dessins.
La notion de propriété intellectuelle s'applique à certains types d'activités créatives. Les auteurs de ces activités dans un pays donné sont protégés par la législation sur les droits de propriété intellectuelle (DPI). Les principaux types de droits de propriété intellectuelle se rapportent aux secrets commerciaux, aux brevets d'invention et aux droits d'auteur.
En général, les lois sur les droits de propriété intellectuelle n'offrent qu'une protection très limitée pour le STA. Ceci est dû au fait que les documents traditionnels relatifs aux droits de propriété intellectuelle accordent une protection individuelle alors que, bien souvent, le STA est détenu par la collectivité. Cependant, les collectivités chercheront probablement à obtenir une forme quelconque de protection de leur STA si celui ci est mis à contribution dans le cadre d'une EE. Cela s'applique particulièrement à l'information de nature délicate, concernant par exemple des lieux sacrés ou à caractère spirituel.
Remarque : Si un groupe Autochtone demande la confidentialité, les praticiens de l'EE doivent déterminer s'il est possible de protéger le caractère confidentiel de l'information, compte tenu des dispositions de la Loi sur l'accès à l'information et des exigences juridiques pertinentes des autres instances impliquées (p.ex., l'accès provincial à la législation en matière d'information).
Nous devons respecter la vie privée, la dignité, les cultures et les traditions des Autochtones dans le cadre de nos travaux de recherche sur le STA.
Dans ce domaine, la littérature fournit un certain nombre de méthodes de collecte du STA et de la documentation, p. ex., entrevues, schématisation, discussions de groupe et consultations. Plusieurs procédures y sont indiquées :
Le savoir traditionnel et le savoir occidental peuvent se compléter.
La manière dont le STA est intégré à une EE dépend presque entièrement du type de connaissances dont il s'agit. Par exemple, l'information environnementale (comme le STA concernant les habitudes migratoires de la faune) s'intègre facilement aux autres connaissances environnementales. Par contre, les connaissances relatives aux valeurs et aux normes ou qui sont fondées sur celles ci ne s'intègrent pas aussi facilement à des ensembles de données scientifiques. Ainsi, le rôle principal du praticien de l'EE consiste à réunir et organiser le STA qui lui est communiqué, à indiquer aux décideurs que le STA a été pris en compte et à préciser comment on en a tenu compte.
Remarque : dans certains cas, les systèmes de connaissances occidentaux et traditionnels se compléteront en ce qui a trait aux points de vue qu'ils peuvent fournir aux praticiens de l'EE et ainsi se rapprocher au niveau de l'évaluation environnementale. Quand il y a des divergences, les praticiens de l'EE devraient présenter parallèlement les deux systèmes dans leur rapport d'évaluation environnementale, faire ressortir ensuite comment ils ont tenu compte de chacun des systèmes dans leur EE et expliquer comment chaque type de connaissance a été intégré à l'évaluation environnementale.
(1) Brockman, A., 1997. When all peoples have the same story, humans will cease to exist. Protecting and conserving traditional knowledge. Préparé par Dene Cultural Institute [Institut culturel déné] pour le Bureau de la Convention sur la biodiversité.
http://www.nativemaps.org/abstracts/all_peoples.pdf
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(7) Inuit Tapirisat du Canada. Research principles for community-controlled research with the Inuit Tapirisat of Canada. [Principes pour la recherche contrôlée par les collectivités avec l'aide de l'Inuit Tapirisat du Canada].
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(15) Office de la propriété intellectuelle du Canada : http://strategis.gc.ca/sc_mrksv/cipo/welcome/welcom-f.html
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(17) Ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, et Industrie Canada, 1999. Propriété intellectuelle et Autochtones : Document de travail
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(18) Hansen, S.A., J.W. Van Fleet, 2003. Traditional Knowledge and Intellectual Property: A Handbook on Issues and Options for Traditional Knowledge Holders in Protecting their Intellectual Property and Maintaining Biological Diversity. [Savoir traditionnel et propriété intellectuelle : guide sur les enjeux et alternatives pour les détenteurs du savoir traditionnel pour la protection de la propriété intellectuelle et le maintien de la diversité biologique]. Preparé pour « American Association for the Advancement of Science ». [Association américaine pour le progrès de la science].
http://shr.aaas.org/tek/handbook/
(19) Organisation mondiale de la propriété intellectuelle : http://www.wipo.org/about-ip/fr/
(20) UNESCO : http://www.unesco.org/links